Imprimer

Lettre à mon pays…

Pourquoi je ne me représente pas aux élections

législatives de juin 2017

Chers tous,

Après mûre réflexion, j’ai décidé de ne pas me représenter aux élections législatives des 11 et 18 juin prochains.

En effet, ce quinquennat s’achevant, il m’a laissé un goût amer sur nos institutions et sur les pratiques de notre système politique. Fort de mon expérience de près de 20 années en qualité d’élu local, une fois élu Député, je pensais raisonnablement pouvoir agir efficacement pour influencer la trajectoire de ce pays ainsi que pour contribuer à un mieux vivre des Françaises et des Français. Au terme de ce mandat, je constate qu’il n’en est rien ou presque.

Durant ce quinquennat, je m’efforçais de tenir un langage de vérité au moment où ce pays traverse une crise profonde, morale, politique. Pas toujours compris de mes pairs, je tenais à conserver, coûte que coûte, cette liberté de ton, mon indépendance d’esprit. Il y a une telle défiance dans nos institutions et dans la classe dirigeante de ce pays qu’il était de mon devoir d’être exigeant. C’est la raison pour laquelle je m’appliquais le non cumul strict et je prenais mes distances avec les vieilles manies des partis politiques. De même, je m’efforçais d’être cohérent, tant dans mes prises de position publiques que dans les actes quotidiens de ma vie politique.

Il n’y aura pas de vraies réformes dans ce pays si les élus nationaux et locaux ne montrent pas l’exemple. Les temps changent, il devient urgent que les responsables politiques changent aussi leurs pratiques. Le feuilleton politico-financier interminable de l’affaire Fillon en est un nouvel exemple. Qui sortira vainqueur de cette tragédie politique ? Dans l’immédiat, sans-doute pas les démocrates sincères.

Je suis frappé par l’état psychologique des Français. Nous entrons dans un hiver démocratique, c’est mon intime conviction. Je souhaite me tromper. Sans présager hâtivement de l’avenir, je crois que cet hiver débute seulement. L’insouciance d’une partie des élus, les blocages de la société politique elle-même ne font qu’aggraver le fossé qui nous sépare de nos concitoyens. Je ne veux pas être solidaire de ce glissement perpétuel des pratiques et être assimilé à cette classe politique qui ne parvient plus à se remettre en question dans une période où le pays est en forte demande. Il faut cesser de penser que la politique puisse demeurer un métier à vie. Il faut briser les carrières longues au niveau national notamment et remettre de l’ordre dans le système politique aujourd’hui à bout de souffle. L’éthique seule pourra redonner la confiance.

J’avais et j’ai toujours une certaine idée de la France. J’aime ce pays pour son histoire, sa géographie, ses terroirs, ses humeurs, son génie dans tant de domaines. J’ai toujours pensé que « le rêve » était né quelque part, un jour chez nous, sur une de nos collines, dans le creux d’une de nos vallées, dans le puits d’un volcan éteint ou encore sur une de nos nombreuses plages avant même que d’un battement d’yeux, le monde ne s’éveillât.

Certes, il y eut des ratés dans notre histoire tout particulièrement dans l’œuvre civilisatrice de nos aïeux républicains mais, enfin, quelle grandeur ! Toujours ce regard indigné qui porte loin sur la condition humaine et ses malheurs. Etre français, c’est d’abord cet héritage. Pour une fois dans l’histoire de l’humanité au XVIIIème siècle, les religions étaient rétrogradées au rôle de spectateur tandis que les hommes se saisissaient eux-mêmes de leur destin pour porter un message universel de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. La France, c’est aussi ce berceau de la pensée d’une humanité meilleure érigée en République universelle. Le monde nous enviait et nous, en sommes-nous encore dignes ? J’ai quelques doutes.

A 51 ans, je choisis donc de prendre du champ, de m’accorder une pause, peut-être plus. Ce moment de ma vie, je souhaite le consacrer à ma famille, à mes amis, à un nouvel horizon professionnel. Je me lance un nouveau défi. Cela me ressemble. J’avoue y prendre un certain plaisir. Entamer une autre vie au moment où j’entre dans mon nouveau demi-siècle de vie avec l’infime espoir de connaître son terme, un jour peut-être. Beaucoup ont cherché à m’en dissuader. J’ai pris le temps de les écouter car j’ai pour tous une réelle estime. J’ai connu depuis l’âge de 29 ans un parcours politique ascensionnel mais, à la différence de beaucoup de nos concitoyens, je sais que le triomphe est court en politique. J’ai le défaut de vouloir rester autant que possible, maître de mon itinéraire personnel. Un leurre s’exclameront certains. Je ne veux pas d’une vie ennuyeuse et inutile. A chacun son adrénaline. La mienne, c’est d’oser ce grand saut, c’est découvrir des horizons nouveaux, c’est un temps flirter avec l’inconnu.

Pour terminer, je veux me recentrer sur moi. Trop d’êtres manquent à ma vie. Je continuais à embrasser la vie quand eux embrassaient sans me prévenir la mort. Compagnons de route, grands-parents, parents, amis de jeunesse trop vite disparus. Ces évènements de la vie m’ont souvent plongé dans des silences, me laissant souvent seuls avec leurs souvenirs. Je saisissais combien nos vies étaient fragiles et qu’il était peut-être venu le temps de vivre pour moi. Si un jour, je me suis épris de politique, c’était par passion d’agir contre les injustices et les inégalités mais aussi pour ma passion des mots. Je pensais naïvement qu’on pouvait dessiner des rêves et les réaliser. Mais l’envahissement des sondages dans notre vie politique, la sclérose généralisée du système politique ainsi que les impatiences et la versatilité de l’opinion publique ont bien vite balayé tous mes espoirs. Si nous n’y prenons pas garde, la démocratie d’opinion, poussée à cette extrémité, deviendra l’antichambre de la mort de la démocratie.

La vérité, on ne la cherche plus que dans les scandales qui se succèdent tandis qu’elle ne triomphe plus dans l’efficacité de l’action politique. Oui, moi aussi, je rêve d’une société idéale, d’un monde qui s’aimerait enfin, d’une planète qui se mettrait à danser des javanaises et déposerait définitivement les armes. Malheureusement, cette quête est à chercher ailleurs que dans l’agitation stérile et superficielle du monde politique.

Je me consacrerai donc à mes passions, trop longtemps délaissées. L’écriture en fera partie. Une autre manière de laisser une trace, au moins pour les miens et plus si cela en vaut la peine. J’écrirai pour tendre des mains, pour ouvrir les bras, pour porter secours ; j’écrirai aussi pour livrer autrement mes combats, pousser des cris de révolte s’il le faut encore. Je me sens profondément Voltairien dans mes pensées et dans ma façon d’être. Le sel de mon engagement demeurera le combat contre toutes les formes d’injustice et de discrimination. Car depuis l’origine des temps, elles sont comme des ronces persistantes nouées à l’existence humaine et qui rendent la vie d’une partie de l’humanité insoutenable.

Je m’éloigne et, pourtant, j’ai l’étrange sentiment que je n’ai jamais été aussi proche de vous. C’est un peu comme revenir aux sources, reprendre racine au pays, s’asperger d’eau à une fontaine de Jouvence. Merci à tous pour vos messages, vos élans de sincérité, vos soutiens par centaines.

Et à bientôt.

Patrice PRAT

Imprimer

assemblée générale de l'association "Je cherche Lucas"

Samedi 25 février je participais à l'assemblée générale de l'association "Je cherche Lucas" pour rester mobilisés dans la recherche du jeune Lucas Tronche disparu depuis deux années déjà!
L'espoir demeure car rien n'indique que Lucas ne puisse pas être retrouvé et qu'il ne puisse pas regagner son foyer familial.
La mobilisation demeure nécessaire et chaque indice ou élément fourni aux enquêteurs sont vérifiés. Donc mobilisation générale et vigilance de tout instant.
Merci aux bénévoles, aux enquêteurs et à la justice pour ce travail professionnel et rigoureux.
Merci enfin à la presse pour sa mobilisation qui compte énormément en pareille circonstance!

lucast

alt