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LETTRE AUX MILITANTS DU PARTI SOCIALISTE

Mes chers camarades, mes amis,

Je tiens à m’adresser personnellement à vous afin de vous informer les premiers de ma décision de quitter le groupe socialiste à l’Assemblée nationale et de facto le Parti socialiste.

Cette décision est mûrement réfléchie.

Parlementaire depuis juin 2012, j’ai souhaité m’appliquer le non-cumul strict afin de montrer l’exemple, au moment où la société française éprouve une véritable défiance envers la classe dirigeante de notre pays. Je souhaitais donc me consacrer pleinement à ma tâche de Député dans un souci d’efficacité et d’exemplarité.

Très vite, j’ai compris que le fonctionnement de nos institutions ne correspondait plus aux enjeux de notre époque. De même, le comportement des responsables politiques me semble éloigné des exigences du moment en matière de transparence et de cohérence. Enfin, les partis politiques ont perdu la confiance des français. Pourtant, j’en suis convaincu, ils sont un « mal nécessaire » dans une démocratie.

Dans ce contexte, le Parti socialiste n’échappe pas aux critiques.

L’éclatement du paysage politique est donc un signe du malaise français par rapport aux partis traditionnels de gouvernement. La montée inexorable de l’abstentionnisme, la désertion militante des partis et la radicalité des votes qui s’exprime au fil des scrutins sont l’expression d’un profond désarroi démocratique. D’autres préfèrent s’éloigner définitivement de la politique, considérant que « la vraie vie est ailleurs » pour citer ici Rimbaud.

Cette situation nous conduit tout droit vers une recomposition politique. Je la souhaite fortement et je veux y contribuer. Ce moment est imminent. Pour l’heure, la politique française tourne à vide, le système est usé jusqu’à la corde et notre génération politique n’a plus de boussole.

A plusieurs reprises, par le passé, j’ai eu l’occasion de m’exprimer sur mes désaccords.

Le plus marquant cependant fut cette proposition portée par le Président de la République sur la déchéance de nationalité, au lendemain des attentats. Heureusement, il fut « empêché » de convoquer le Congrès. Cette volonté du Président de la République a heurté mes convictions les plus profondes. Elle mit en lumière une dérive possible du pouvoir. Inacceptable pour moi.

Le feuilleton récent sur le projet de loi Travail a fini par me persuader que nos points de vue étaient irréconciliables. Sur le fond comme sur la forme, je conteste bien des points.

Dans ce droit fil, j’ai choisi de signer pour la deuxième fois consécutive une motion de censure. Cette décision est lourde de conséquences. Jamais sous la Vème République des parlementaires de la majorité n’étaient allés aussi loin. Je l’avoue bien volontiers, jamais je n’aurais imaginé y être contraint un jour.

Le moment de la clarification est donc venu.

Selon moi, signer cette motion conduit naturellement à devoir être cohérent sur toute la ligne. Je quitte donc le groupe parlementaire et le parti.

Sur ce dernier point, je ne cache pas ma douleur tant je me sens héritier de l’histoire du socialisme. De grandes figures m’ont marqué ; dans mon parcours, j’ai rencontré tant de militants sincères et dévoués. J’ai partagé avec beaucoup d’élus socialistes des combats que nous avons gagnés.

Mais au-delà des socialistes, il y a la gauche, il y a les Français dans leur diversité. Le pays est très divisé et je sens la rivière souterraine gronder. C’est pourquoi j’ai acquis la conviction que nous ne pouvions plus faire de la politique comme avant.

Je milite donc pour un renouvellement profond des générations, des pratiques et des idées. Cohérence, parler vrai et courage me semblent être plus que jamais les maîtres-mots pour renouer le fil de la confiance avec le peuple.

Dans ce défi de la recomposition politique, je veux dépasser le seul Parti socialiste et me tourner vers les Français désireux de renouveau. Ce renouveau ne se fera pas depuis l’intérieur du Parti socialiste. Ce dernier passe en effet la majeure partie de son temps à gérer des carrières et des situations conflictuelles inextricables. La conquête du pouvoir a tout éclipsé.

Le travail des idées est devenu secondaire. Or, les français ont besoin de réponses et d’actes concrets. La politique est ainsi devenue la supplétive des pouvoirs, économique et financier. Elle n’est plus capable de fournir un nouveau cadre d’actions, d’énoncer des objectifs clairs et de se projeter au-delà de la durée d’un quinquennat.

En insistant ainsi, je ne milite pas pour une vie politique sans clivage droite-gauche. Le ni-ni est facteur de confusion et il nuit à la clarté du message politique, nous plonge davantage dans l’inconnu encore. C’est une absurdité. Or, nous avons plus que jamais besoin de repères, de boussole.

Nous sommes entrés dans une grande phase de transition. Nous quittons un monde ancien pour un monde moderne. Selon moi, le débat de la recomposition du champ politique est la mère de toutes les batailles. La France a besoin d’une nouvelle gauche et d’une nouvelle droite.

Je veux prendre une part active dans ce projet et je tiens à le faire à partir de ma circonscription, de mon département, de ma région. Je veux un grand renouveau français à partir du triptyque : renouvellement des générations, des idées et des pratiques.

Je conçois que cela dérange mais il me semble nécessaire de jouer ce rôle. Je le vis donc comme un devoir car j’ai compris qu’aux difficultés économiques succèderont les difficultés démocratiques si nous refusons de changer en profondeur la politique. Pour ma part, il faut réagir ou notre démocratie sera en grand danger.

J’aborde donc avec beaucoup de force et de conviction cette nouvelle étape. Je l’aborde de face, sans mentir, sans louvoyer. Dans ce moment crucial, je pense que c’est la seule attitude valable, du moins ai-je l’humilité de le croire. L’avenir tranchera.

L’essentiel de ma vie, je l’ai consacré à l’engagement. Cet engagement n’a de sens que si je me sens profondément utile, si j’ai le sentiment de remplir dignement ma mission, conformément à mes convictions, à ma philosophie de vie et dans l’intérêt du plus grand nombre.

Or, aujourd’hui, la politique telle qu’elle se pratique ne me correspond plus. Je ne m’y retrouve plus. Les partis politiques sont davantage des freins que des tremplins. Ils ne sont plus le réceptacle des bouillonnements de la société civile. Pourtant, partout, naissent des initiatives dans nos territoires. Chaque jour, le monde nouveau naît sous nos yeux, à notre porte, près de chez nous sans même l’appui des politiques. L’innovation y est permanente. La société change tandis que la politique n’est plus qu’un champ de dispute permanente.

Des combats sont devant nous, des grandes causes sont également à défendre et je sais que nos chemins sont susceptibles de converger à nouveau.

J’en appelle donc à une alliance des innovateurs et des progressistes pour jeter les bases du nouveau clivage droite-gauche dans le Gard et si possible au-delà, en France. Cet appel, je le lance depuis ma terre gardoise, si belle, si diverse. Elle est le reflet de tous ces territoires, aussi sublimes les uns que les autres qui composent la France.

Je retournerai devant les électeurs, le moment venu, sans rien leur cacher des difficultés de notre monde, de sa complexité, de nos forces et de nos faiblesses. Je mettrai en lumière les imperfections du système politique ; j’insisterai sur les moyens à mettre en œuvre pour moderniser la vie publique, régénérer la démocratie et corriger ses excès. J’en appellerai aux bonnes volontés, je m’engagerai à renouer le fil rompu de la gauche. Je redirai ma fierté de servir la France, mon territoire, tant je me sens relié à lui par l’histoire, la géographie et les habitants.

Non rien n’est fini, tout commence.

Très chaleureusement à vous,

Patrice PRAT

Député du Gard

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Ecole "Les Colibris" de Vénéjan

À Vénéjan, nous inaugurions ce midi le nouveau nom de l'école communale baptisée "Les Colibris", avec Bruno Tuffery, le Maire du village, ainsi que les élus départementaux, les enseignants, les parents d'élèves et les enfants.
J'ai tenu à rappeler le rôle central de l'école publique dans l'épanouissement des enfants de France, ainsi que l'héritage de la IIIème République et de Jules Ferry. J'ai aussi salué le courage et le patriotisme économique de la municipalité, qui a su entreprendre les rénovations et modernisations nécessaires avec des entreprises locales. Une partie de ces travaux a d'ailleurs pu être réalisée avec le soutien de ma réserve parlementaire.
Ce joli nom des "Colibris" fait référence à une fable amérindienne popularisée par Pierre Rabhi et dont la moralité met en lumière le rôle que chacun peut jouer dans la société, quelle que soit sa place. Les enfants ont déclamé ensemble le texte de l'histoire devant un public conquis !

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